Depuis mon retour en France il y a deux ans, j’ai traversé de nombreuses situations administratives complexes : erreurs reconnues ou non, omissions, relances, demandes contradictoires…
Ce parcours m’a obligée à regarder de très près le fonctionnement des administrations, des institutions et de certaines associations. Et c’est là que j’ai découvert quelque chose d’essentiel : la loi.
La loi, elle, est fluide, neutre, accessible.
Elle ne juge pas, ne discrimine pas, ne regarde pas le faciès.
Elle pose un cadre clair.
Avant tout cela, je n’avais jamais perçu avec autant de précision l’immense décalage entre les administrations et les institutions d’un côté, et la loi de l’autre. Certaines pratiques semblent encore héritées d’un autre temps, parfois d’une époque aussi lointaine que l’État centralisé de Louis XIV, alors que la loi, elle, a continué d’évoluer, de s’affiner, de se clarifier.
Ce contraste est saisissant.
Quand on est très sensible, ces fonctionnements vétustes peuvent être d’une grande abrupteté. Ils ne sont pas conçus pour accueillir la nuance, la lenteur, la complexité humaine. Ils heurtent, parfois profondément. On n’en sort pas indemne.
Et souvent, la sensibilité elle‑même est mal interprétée : l’intensité, la précision, la différence sont perçues comme suspectes par des systèmes anciens qui ne savent pas les lire. Ce n’est pas la sensibilité qui pose problème, mais le cadre qui n’a pas évolué.
Paradoxalement, c’est cette même sensibilité qui pousse à construire une vie moins conforme, plus proche de la nature, plus ajustée à soi. Une manière d’habiter le monde qui se retrouve parfois en décalage avec des structures qui n’ont pas encore changé.
Il m’est arrivé, lorsque j’exprimais les difficultés liées à la différence, qu’on me demande : « Mais qu’est‑ce qu’il faudrait faire ? »
À l’époque, je n’avais pas vraiment de réponse.
Aujourd’hui, je dirais simplement ceci : tous les profils méritent un trajet institutionnel et administratif digne.
Et pour cela, la première étape serait peut‑être d’oser reconnaître que certaines structures sont dépassées, qu’on ne peut pas les réformer à l’infini, et qu’il faudrait en créer de nouvelles — comme le font certains voisins européens qui osent faire du neuf.
C’est politiquement instable, oui, mais profondément vivant que de vouloir des institutions réellement reliées aux lois.
Pour soutenir les familles neurodivergentes qui se retrouvent dans ces mêmes difficultés, j’ai décidé de transformer mes notes en outils concrets, disponibles en format PDF :
• deux guides IEF basés sur les textes de loi
• un guide autour de l’autisme et des démarches administratives
J’aurais aimé aller plus loin et écrire un ouvrage complet qui recoupe les différents secteurs (habitat, santé, démarches…), mais je n’ai pas pu déposer de dossier auprès du CNL, qui ne propose plus de bourses pour les primo‑auteurs.
Mon travail s’oriente donc naturellement vers d’autres pays, plus en accord avec ma sensibilité et ma manière de créer. C’est aussi pour cela que mon site et mes publications existent désormais en français et en anglais.
Mon intention reste la même : offrir de la clarté, de la structure et un peu de tranquillité dans des démarches qui peuvent vite devenir éprouvantes.
Je continue d’avancer en suivant le rythme de ma famille, mon propre rythme, sans chercher à aller plus vite que ce que la vie permet.
Et j’espère que, quelque part, il existe un public pour qui mon travail et ma vision résonneront naturellement.


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